Du Junkspace
« Le Junkspace semble être une aberration, mais il est l’essence, ce qui compte… le produit de la rencontre de l’escalator et de la climatisation. (…) Il est toujours intérieur, et tellement extensif qu’on en perçoit rarement les limites. (…) Si l’architecture sépare les bâtiments, la climatisation les unit.»*
C’est au cours d’un travail de commande dans les réserves de laMédiathèque Carré d’Art que me vient l’idée de travailler autour de l’idée de Junkspace, concept et réalité développés par Rem Koolhaas dans un texte éponyme de 2001. Mon intention est de révéler l’abstraction périphérique qui maintient intact le contenu préservé des réserves. Armature proliférante, et plus ou moins visible, de toute l’architecture moderne, le Junkspace se retrouve donc ici comme partout. Non-dissimulé derrière des panneaux de placoplâtre comme il l’est le plus souvent, mais directement apparent, le Junkspace des réserves est principalement identifié par les gaines et les conduits, le monte-charge, les câbles et les cornières. Il encercle les livres et les boites trop tranquillement rangés sur leur rayon. Conditions siné qua non de leur survie, le Junkspace est peut-être le futur instrument de leur disparition. « Le Junkspace représente une typologie inversée qui relève du cumulatif, une identité approximative, qui se préoccupe moins du genre que de la quantité.
Mais l’absence de forme est encore de la forme, et l’informe a lui aussi une typologie… (…) Le Junkspace peut-être aussi bien absolument chaotique que terriblement aseptisé – comme un best-seller – surdéterminé et indéterminé à la fois. (…) Le Junkspace sera notre tombeau. La moitié de l’humanité pollue pour produire, l’autre pollue pour consommer.»* Ce Junkspace qui infiltre aujourd’hui tout notre environnement urbain possède sa propre esthétique, lisse, froide et néanmoins chaotique. Au service supposé d’un bien, le Junkspace se développe de façon extensive, envahissant jusqu’au dernier recoin de notre espace habité.
Une sélection de 9 photographies issues de cette recherche a été présentée dans la salle Soleil Noir, Médiathèque Carré d’Art.
Patrice Loubon, Nîmes mai 2013
*: Rem Koolhaas, Junkspace (2001), Editions Payot et Rivages, 2011.